En résumé
Nous sommes
producteurs de vin de Bourgogne indépendants (viticulteurs
et négociants) inquiets des perspectives
d’introduction des OGM (plants et micro-organismes) dans notre métier.
Après avoir reçu
des spécialistes de tous horizons et fait le point sur l’état de la recherche,
nous constatons que de nombreuses questions restent sans réponse :
diminution de la diversité génétique de notre encépagement, risques de perte de
la typicité de nos vins, risques de dissémination dans l’environnement et
d’autres effets imprévus et irréversibles.
Les levures
OGM en particulier présentent des dangers sur ces points.
En
conséquence, nous demandons un moratoire de 10 ans minimum avant toute mise en
marché d’OGM concernant la vigne et le vin, ainsi qu’une réorientation et une
transparence totale de la recherche et des procédures d’agrément.
Un comité de
veille et d’information sera mis en place en Bourgogne.
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LES VINS DE BOURGOGNE ET LES OGM
Depuis
deux ans les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont fait irruption dans
l’actualité.
Qui
sommes-nous ?
Nous
sommes des producteurs de vin de Bourgogne indépendants (viticulteurs ou
négociants).
Nous
ne parlons pas au nom d’autres régions viticoles ni de l’agriculture en
général.
Nous
ne sommes en aucun cas des spécialistes de la transgénèse et n’avons pas de
compétence sur les problèmes généraux de santé publique pas plus que sur ceux
de l’environnement au sens large .
Cependant,
nous partageons tous les mêmes objectifs :
·
Préserver la
haute qualité de nos vins en respectant leur typicité et l’authenticité de nos
terroirs.
·
Respecter
notre environnement et sa diversité biologique.
·
Assurer l’avenir
de nos enfants et de notre région.
Pour poursuivre ces objectifs, nous
souhaitons profiter autant de la sagesse de la tradition que des progrès
constants de la science.
Nous nous posons la question suivante : Les OGM sont-ils une source de
progrès pour la production de vins d’appellations d’origine contrôlée de
Bourgogne ?
Nous avons reçu depuis juillet 1999 les
personnes les plus qualifiées, quels que soient leurs horizons et leurs
convictions :
M. Jean-Pierre BERLAN Ingénieur
agronome à l’INRA de Montpellier.
M.
Bruno BLONDIN Directeur de Recherche à
l’INRA de Montpellier, levures transgéniques.
M.
Alain BOUQUET Directeur de Recherche à
l’INRA de Montpellier, vignes transgéniques.
Mme
Sylvie DEQUIN INRA Montpellier, levures
transgéniques.
M.
Philippe DESBROSSES Conseiller en Ecologie au Parlement
Européen.
Dirige la Ferme de Sainte Marthe.
Mme
Corinne LEPAGE Ancien Ministre de l’Environnement
et fondatrice du
CRIGEN (organisme indépendant de surveillance des OGM).
M.
Serge MICHELS Créateur de Entropy Conseil
(cabinet d’études et de conseil spécialisé dans le domaine de l’alimentaire).
M.
Gilles Eric SERALINI Professeur de biologie moléculaire à
l’université de
Caen et responsable d’équipe au CNRS. Auteur de plusieurs ouvrages sur le
sujet.
M. Bernard WALTER Directeur
de Recherche à l’INRA de Colmar.
Ces
rencontres nous ont confortés dans notre approche : Il est de la plus
haute importance que l’avenir de notre métier ne s’élabore pas sous la seule
influence et les seuls intérêts des scientifiques, des industriels et des
technocrates. Le passé nous a donné des leçons à cet égard ; nous devons
nous informer et intervenir.
Bilan des Réunions
Etat de la recherche
Ø Aucun
OGM vigne et vin n’a obtenu à ce jour d’autorisation de mise sur le marché en
Europe
Ø Les
études sont très avancées :
·
Des levures
OGM permettent déjà en laboratoire de :
- Réaliser la fermentation malolactique en
même temps que la fermentation alcoolique, le tout en 4 jours ;
- Acidifier les moûts en transformant une
partie des sucres en acide lactique ;
- Augmenter la production de glycérol.
·
Des
porte-greffes résistant au court-noué sont en phase d’essai.
Ø D’autres
projets sont en cours d’évaluation ou de développement :
- Levures sécrétant des enzymes, des
anti-bactériens, des arômes variétaux…
- Porte-greffes résistant à l’enroulement.
- Cépages résistant à l’oïdium, à
l’eutypiose, à la flavescence dorée, au phylloxéra.
- Cépages augmentant la synthèse de
resveratrol.
- Cépages à faible absorption de potassium.
- etc…
Ø Des
expérimentations très limitées de culture en plein champ de plants de vigne
transgéniques ont été ou sont faites en France et en Allemagne. Les recherches
sont très avancées dans le nouveau monde, en particulier en Australie.
Notre analyse
Les sujets de recherche qui permettraient
de réduire les interventions chimiques dans les vignes et les sulfites dans les
vins semblent les plus conformes à nos objectifs.
De nombreuses questions restent cependant
posées et sans réponse :
Ø
Diversité :
Le développement des OGM accentuerait un phénomène apparu avec la généralisation des organismes sélectionnés : l’utilisation d’un nombre restreint de variétés qui induit une diminution de la diversité génétique, indissociable de nos terroirs.
Ø
Typicité :
Les risques de perte de la typicité de nos vins sont élevés en utilisant les cépages et les levures OGM.
Ø
Dissémination :
Les levures et bactéries OGM présentent des risques de dissémination incontrôlables dans l’environnement, donc de modification de la flore indigène. Ces risques semblent plus faibles pour les cépages et porte-greffes OGM.
Ø
Irréversibilité :
L’utilisation d’OGM serait une décision lourde de conséquence car nous ne pourrions peut-être pas revenir en arrière.
Ø
Effets imprévus :
Il n’est pas du tout impossible, par exemple, qu’en augmentant par transgénèse la résistance d’un cep à une maladie on ne diminue pas sa capacité de défense contre une autre maladie. De plus, on ignore l’endroit exact où va s’insérer le gêne introduit dans la plante, et les modifications quantitatives et qualitatives de ses fonctions (couleur, goût, texture…).
En conséquence
Au nom de la contrainte de typicité nous
pensons qu’il est dangereux d’utiliser des micro-organismes OGM pour
l’élaboration de nos vins. Aucun nouveau développement ne doit être entrepris
tant qu’on ne pourra pas assurer leur non-dissémination.
Concernant les cépages et porte-greffes,
nous sommes conscients des progrès nécessaires dans certaines méthodes de
culture actuelles pour une parfaite préservation de l’environnement. La voie
des OGM doit donc être explorée et évaluée, mais comme une voie parmi d’autres.
Dans tous les cas il faut du temps, de très
grandes précautions et s’assurer que chacun pourra, le temps venu, faire un
choix libre et éclairé.
Nous demandons :
·
Un moratoire de 10 ans minimum avant toute mise en
marché d’OGM concernant la vigne et le vin.
·
Que le génie génétique ne soit pas la seule
priorité de la recherche publique et qu’elle soit poursuivie et soutenue au
moins autant dans les autres domaines (biologie de la vigne, des parasites, des
micro-organismes, culture biologique ou biodynamique et toute solution
alternative).
·
Que la recherche privée et publique assure une
transparence totale.
·
Une meilleure information sur les procédures
d’agrément des produits œnologiques et du matériel végétal.
Dans ce but :
·
Nous avons décidé de mettre en place un comité de
veille et d’information dans notre région Bourgogne pour diffuser notre
travail d’information et intervenir.
·
Nous souhaitons que les autres régions viticoles
françaises mènent chacune une démarche semblable à la nôtre, pour que nous
puissions tous ensemble orienter l’avenir de notre viticulture.
Nous
avons pris acte de la décision de l’INAO d’interdire pour les appellations
d’origine contrôlée tous cépages ou porte-greffes génétiquement modifiés. Nous
regrettons néanmoins qu’une position aussi claire n’ait pas été prise quant à
l’utilisation de micro-organismes OGM.
Nous
sommes tous favorables au progrès. Cependant les OGM pourraient constituer un
danger énorme pour une viticulture où l’expression du terroir passe avant la
technologie.
Ne laissons personne décider à notre place
de l’avenir de notre métier.